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GRAND DESTIN

Grand destin: Victor Hugo, grand-père de légendes

GRAND  DESTIN

Victor Hugo, personnage politique et littéraire, a imprégné toute l’histoire du XIXe siècle ; mais aussi, et c’est plus rare, son œuvre littéraire semble avoir été incorporée par l’Histoire. 

GRAND  DESTIN

Surnommé "Papapa" par ses deux seuls petits-enfants dont il devient le tuteur légal à près de 70 ans, l'auteur des "Misérables" leur vouait une passion. Glissons-nous dans l'intimité d'un grand-père extraordinaire.

Guernesey, 8 août 1870. Sous la verrière de son "look out", au sommet de Hauteville House, debout face à la mer qui le sépare de la côte française du Cotentin, l’auteur de Notre-Dame de Paris vient d’écrire un dernier poème, avant de préparer son retour en France, après dix-neuf ans d’exil. En désaccord avec le coup d’État de Napoléon III, il sera resté loin de la patrie durant tout le Second Empire. Le chef de file des romantiques, ardent défenseur des humbles et pourfendeur d’injustices, s’était promis de ne rentrer qu’avec la chute de "Napoléon le Petit" et le retour de la république. Il a tenu parole et sera accueilli en héros, à Paris, le 5 septembre. Il y a de quoi le réjouir, pourtant ce n’est pas cette perspective qui baigne son visage de ravissement, mais son poème qu’il relit… "Moi qu’un petit enfant rend tout à fait stupide, J’en ai deux; Georges et Jeanne; et je prends l’un pour guide Et l’autre pour lumière, et j’accours à leur voix, Vu que Georges a deux ans et que Jeanne a dix mois"  Pas d’emphase, rien d’épique, juste la tendre confidence d’un bonheur inattendu.

À 68 ans, Victor Hugo profite sans réserve de la joie profonde d’être grand-père. Une véritable passion qui va illuminer les quinze années qu’il lui reste à vivre et rendre plus supportable de survivre à quatre de ses cinq enfants. Il a déjà perdu son premier-né en bas âge et surtout sa Léopoldine adorée dont la noyade en 1843, à 19 ans, lui avait inspiré les vers vibrants de "Demain, dès l’aube"  Peu après son retour en France, le drame va frapper à nouveau, avec la mort de ses deux fils, coup sur coup: Charles, le père de Georges et Jeanne, en mars 1871, et François-Victor, en décembre 1873. Adèle, la seule survivante de l’hécatombe, ne consolera pas son père: elle a sombré dans la folie et est internée. Il a aussi perdu son épouse en 1868 et il vit désormais ouvertement avec Juliette Drouet, sa maîtresse depuis presque quarante ans. Tous ces deuils l’ont abattu, il ne se sent plus bon "qu’à mourir", confie-t-il alors à son journal intime. Pourtant, il va peu à peu revenir à la vie. Ses engagements politiques vont beaucoup y contribuer. Cet incroyable visionnaire qui plaidait déjà pour des "États-Unis d’Europe" en 1849, se démène plus que jamais contre la peine de mort, pour la séparation de l’Église et de l’État, ou encore pour l’école obligatoire et gratuite… Élu député, il démissionne, se représente, est battu et devient finalement sénateur, en 1876.

• Douceur et souplesse 

Mais, c’est son rôle de grand-père qui le revitalise le plus: devenu le tuteur légal des enfants de son défunt Charles, il les installe dans un appartement au-dessus puis en face du sien, y compris lorsque leur mère se remarie, en 1877. Auprès des petits Georges et Jeanne, Hugo renaît. "C’est moi. Triste, infini dans la paternité,Je ne suis rien qu’un bon vieux sourire entêté. Ces chers petits! Je suis grand-père sans mesure.", clame-t-il avec passion.

Comme toujours, son œuvre reflète les mouvements de son cœur. En 1877, six ans avant de disparaître, il publie son dernier recueil de poésie, "L’Art d’être grand-père", où il évoque son quotidien avec une infinie tendresse. Contrairement à ce que le titre laisse entendre, il n’y propose aucun conseil d’éducation, reconnaissant plutôt qu’il ne sait rien refuser à "ces nains que l’aube azure". Dans "Jeanne était au pain sec", petit récit d’une punition qu’il transgresse en lui apportant "un pot de confiture", il décrit volontiers les critiques qu’il essuie: "Cette enfant vous connaît ;/Elle sait à quel point vous êtes faible et lâche. Elle vous voit toujours rire quand on se fâche." L’écrivain le plus respecté de son siècle, le combatif homme politique fond littéralement devant "ces marmots triomphants"! En 1902, Georges, devenu peintre, publie un précieux livre de souvenirs, "Mon grand-père", qui place le lecteur dans l’intimité de son illustre "Papapa". Hugo adore ce surnom qui fait de lui "deux fois un père". On y apprend qu’il savait quand même parfois "se faire sévère avec un système de bons et de mauvais points qu’il dessinait à la plume d’oie sur des morceaux de carton blanc que nous trouvions aux repas sous nos assiettes". Chaque matin, ses petits-enfants viennent le saluer dans son cabinet de travail et il les accueille en latin, avant de les embrasser. "Enfouissement de ma tête dans une barbe qui pique", raconte Georges qui se love dans "ces grands bras forts qui bercent et ces larges mains qui câlinent; des éclats de rire, des sourires, de la tendresse, de la bonté, beaucoup de bonheur et d’adoration…"

• L’éducation qu’il n’a pas eue 

Avec un tel grand-père, les promenades en fiacre deviennent "des contes vivants" et les repas, de véritables spectacles! Quand il mange le homard avec sa carapace ou les oranges avec la peau, il ressemble "à un bon ogre, souriant de l’étonnement dans nos yeux écarquillés". Le prolifique romancier les enchante aussi avec "des jeux d’équilibre des couverts sur le goulot des bouteilles" ou en inventant des histoires inspirées des personnages peints sur la vaisselle, qu’il mime "en faisant le moulinet avec ses bras". À la surprise de certains de ses brillants invités, Hugo impose la présence de Georges et Jeanne à tous ses dîners. "Il lui fallait ses petits-enfants pour lui tout seul et devant tout le monde", précise Georges qui assiste à la déclamation de ses poèmes devant Flaubert, Gambetta, Victor Schœlcher, Edmond de Goncourt… Voilà une éducation très libre même pour aujourd’hui! Ce parti pris puise aussi dans l’enfance chaotique et peu protégée du poète. Troisième fils d’un général d’Empire et d’une bourgeoise nantaise, il naît à Besançon le 26 février 1802 et commence par décevoir ses parents en n’étant pas une fille! S’ensuivent des années de déménagements incessants au gré des affectations de son père: Paris, Marseille, Bastia, l’île d’Elbe, Naples, Madrid… Sa mère ne suit pas toujours et les trois frères sont souvent séparés. Lassée des infidélités de son mari, elle obtient finalement le divorce et la garde des enfants. Victor a alors 16 ans, il écrit déjà et il aime passionnément son amie d’enfance, Adèle, qu’il épousera à 20 ans. Il la trompera copieusement, mais en gardant pour elle un attachement tendre enraciné dans leur jeunesse.

• Un protecteur de l’enfance 

À 28 ans, il écrit déjà sur l’enfance avec la sensibilité du futur grand-père: "Son doux regard qui brille, fait briller tous les yeux, et les plus tristes fronts, les plus souillés peut-être Se dérident soudain à voir l’enfant paraître,Innocent et joyeux", écrit-il alors dans Lorsque l’enfant paraît (5). Premier auteur à introduire de vrais personnages d’enfant dans la littérature, le créateur de Gavroche et Cosette va se battre pour leurs droits, luttant notamment contre leur asservissement au travail. "Où vont tous ces enfants dont pas un seul ne rit? Ces doux êtres pensifs que la fièvre maigrit? Ces filles de huit ans qu’on voit cheminer seules? Ils s’en vont travailler quinze heures sous des meules", interpelle-t-il dans "Melancholia".  Il se fait aussi leur protecteur en organisant, durant ses quinze années à Guernesey, des déjeuners hebdomadaires pour les enfants pauvres de l’île.

Victor Hugo a, avec l’enfance, un attachement intime, politique mais aussi spirituel. Lui qui revendique une foi sans dogme, les considère littéralement comme des anges qui, en grandissant, oublient d’où ils viennent. "Car les petits enfants étaient hier encore/Dans le ciel, et savaient ce que la terre ignore Oh! D’où venez-vous donc, inconnus qu’on adore? Jeanne a l’air étonné; Georges a les yeux hardis/Ils trébuchent, encore ivres du paradis." Ce père endeuillé pense aussi qu’un nouveau-né peut être la réincarnation d’un enfant défunt, un "Revenant".

Mais cette sacralisation de la petite enfance ne l’éloigne pas de Georges et Jeanne lorsqu’ils grandissent  Après avoir joué comme un petit avec les tout-petits, il cause avec l’adolescent, conseille le jeune homme et parle de la conscience, de la beauté, de l’amour", se souvient son petit-fils.

 

Le 19 mai 1885, sentant sa fin proche, il note dans son carnet: "Aimer, c’est agir".  Le 22 mai, son cœur lâche, mais peu avant, preuve ultime d’amour, il avait su y préparer ses chers petits-enfants: "'Ma Jeanne approche, et toi, mon Georges, viens aussi… Voyez-vous, mes doux anges, je m’en vais… Je sens que Dieu m’appelle… Je vais retrouver mes autres petits amours qui sont au ciel… Vous ne me verrez plus, mais je serai toujours là, près de vous, bien plus près de vous que maintenant. Et je vous bénirai, comme je vous bénis. Alors, il nous embrassait en serrant nos têtes délicatement, passionnément, et nous comprenions la bienheureuse gravité de ses paroles.

GRAND  DESTIN

                                             Bonne journée à tous 

 

 

 

 

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J
Magnifique Bertille, lui il ne faut pas l'oublier, un homme de cœur débordant d'amour c'est certain. De tous temps nous pourrions nous en inspirer. Ses écrits n'ont pas d'âge de notre enfance à la fin de notre vie ils peuvent nous accompagner. Amicalement.   
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N
                            <br /> Bonjour Bertille, <br /> J'adore j'ai tout ses livres  même très gros que j'arrive a peine a les porter, toutes ses magnifiques poèsies, c'est un grand homme qui mérite toute notre attention,  je vais bien  Fabien rentre,  trop contente, bisous de nous Nina
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B
Bonjour Bertille<br /> Merci pour ce beau billet sur l intime de Victor Hugo magnifiquement bien décrit. Je viens te souhaiter un bon jeudi, une bonne journée Amitiés Bérénice
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L
Bonsoir Bertille,<br /> je viens d'apprendre plein de choses. Quel beau poème.<br /> Bonne soirée er douce nuit. Bisous. Huguette
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M
coucou me voilà de retour. Victor Hugo : j'ai eu le plaisir de jouer dans 2 comédies musicales tirées de roman de Victor Hugo : Notre Dame de Paris et Les Misérables. J'aime bien cet auteur. Bon jeudi
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P
Je ne me suis jamais beaucoup intéressé à lui. J'ai sûrement tort, mais il y a tellement d'auteurs à lire ! <br /> Bonne soirée. 
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E
Très joli poème qui explique bien l'amour qu'il portait à ses petits enfants .<br /> Bisous du mercredi.
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M
Bonjour Bertille, <br /> j'ai appris des choses sur Victor Hugo , je suis ravie. <br /> Passe une bonne journée, ici pluie, gros bisous, <br /> Nadine<br />
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