Ces noms de famille qui parlent de nous
Pourquoi certains s’appellent Dupont et d’autres Chauvel ?
Percer le secret de nos patronymes fait remonter loin dans le temps… et ne manque pas de sel.
Comment est né notre nom ?
Que signifiait-il à l'origine ?
Pourquoi l'a-t-on donné à l'un de nos ancêtres et comment a-t-il pu se transmettre jusqu'à nous,
au fil d'un long parcours souvent semé d'embûches ?
Eh oui, jusqu'au début du Moyen Âge, les noms de famille n'existaient pas. Pour s'identifier, on se contentait des prénoms. Et si, dans le bourg, plusieurs personnes portaient le même, on y ajoutait celui du père. Ainsi pouvait-on entendre Je vais chez Pierre Jean, autrement dit chez Pierre, le fils de Jean. Ou au Martin (fils de Martin). Mais vers l'an 1200, un boom démographique associé à un choix restreint de prénoms finit par rendre les identifications difficiles! Tout comme, par ricochet, la collecte des impôts auprès de la bonne personne ou l'attribution des terres… Il fallut mettre fin à toutes ces homonymies qui, de plus, changeaient à chaque génération.
Dès le XIIe siècle, pour distinguer un Pierre d'un autre, au sein des villages, plusieurs idées s'imposent, outre celle d'accoler le prénom du père. Nos ancêtres font alors suivre les prénoms de surnoms imagés. Soit liés au métier de l'intéressé (Pierre Cordonnier…), sa provenance (Lebreton…), son lieu d'habitation (Dupré…), sa caractéristique physique (Lebrun…) ou morale (Lebon…). Peu à peu, les administrations vont figer ces surnoms en des patronymes. Ils ne deviendront héréditaires qu'au XIIIe siècle et ne se stabiliseront qu'en 1877 avec la création du livret de famille. Mais de façon très aléatoire, car la graphie était liée au degré d'instruction… ou d'audition des agents administratifs: deux frères pouvaient ainsi être orthographiés, l'un Trotrot, l'autre Trottereaux, et un Delaplace se muer en de La Plasse sans pour autant être noble.
ls ne sont pas tous aussi évidents que Boulanger (et ses dérivés: Fournier, Tamisier), Potier (et ses dérivés: Potreau, Tourneur) ou Cordonnier (et ses dérivés: Sabatier, Boutier). En effet, Bretaudeau vient du piégeur d'oiseaux qui utilisait des brêtes, Chanteur ou Singer de l'art de chanter pour diriger les bœufs au labour, Lefevre ou Faure sont synonymes de forgeron et Boucheron de boucher! De l'épicier qui pesait ses denrées sont nées des noms comme Pesant ou Tronel, une mesure de poids.
Ces noms sont souvent péjoratifs, à croire que nos aïeux avaient beaucoup de défauts! À commencer par l'apathie (Molle, Moulet), la lenteur (Landon, Tardivel, Tardieu), la mauvaise humeur (Gatignol, Rageot, Grondin), la fourberie (Truffaud, de truffier: menteur, Musset, de muses: cachotteries) et l'esprit querelleur (Greuze: dispute, Mutin: émeutier, Bourreau, Borel ou Cognard: celui qui bourre de coups). A contrario, certains brillaient par leur gentillesse (Lecoeur, Lebon) ou leur politesse (Courtois, Bonnaire) et d'autres se distinguaient plutôt par leur esprit (Léveillé, Lesage).
La taille de nos ancêtres a déterminé moult noms: des Legrand mais aussi Grandin, Longuet, Gaulard (grande perche en vieux français), Garrec (grandes jambes en breton) mais, à l'opposé des Lepetit, aussi déclinés en Petiot, Lecourt, Basset, Menuet… La pilosité a elle aussi stimulé l'imagination: Chauvel, Chauveron, Calvet, Lemouel ou Touzet évoquent d'un aïeul atteint de calvitie; Blanchet, Chenu, Lecanuet, d'un autre aux cheveux blancs; Fauvet, ou Rousseau, s'il était roux; Barbet ou Pillu quand il était très velu! Si Bègue est plus parlant que ses dérivés (Béghin, Baubet, Balbot), la force du Carré se retrouve aisément dans Vigouroux ou Ledru.
Nombreux sont les noms évoquant la proximité de l'eau. D'où les Larivière, Lamare, Dulac, Fontaine ou Dupont, mais aussi Planche, alias pont de bois. Les arbres ont eux inspiré les Poirier, Prunier, Dutilleul (ou Dutheil), Châtaignier (ou Castagnet), Bouleau (ou Boulay). Quant au chêne, arbre sacré, il a donné Chenot, Queneau, Dusquesnoy… Enfin, de nombreux noms proviennent de celui du village de l'ancêtre.
Jusqu'au XIXe siècle, l'Église recueillait de nombreux bébés abandonnés et leur donnait un patronyme: Trouvé (dérivés: Trouvat, Trouvin), Janvier ou Avril, selon le mois de la découverte du petit, mais aussi Lamarche (s'il était trouvé sur une marche d'église) ou Desbarreaux (quand il était déposé à l'abri des barreaux d'une fenêtre).
Le nom semble venir de la nuit des temps….... Héritage d’une lignée familiale, il recèle des trésors étonnants sur la vie de nos ancêtres.
Citation du 19 avril tiré de mon calendrier ZEN :
‘’ Je n’ai jamais voulu que quelqu’un pense que j’utiliserais mon nom de famille pour m’amener
n’importe où. ‘’ Elisabeth OLSEN