Balade insolite
La maison ‘’ Picassiette ‘’ à Chartres
Pendant 30 ans, Raymond Isidore a décoré sa maison de morceaux de verre, de porcelaine et de vaisselle, une fantaisie qui lui a valu son surnom de Picassiette!
Un art naïf fait de rebus inspiration majeure du "Picasso" de l'assiette.
Mais quelle surprise quand on y arrive ! C’est tout simplement surprenant et émouvant à la fois..
C’est à voir absolument pour qui aime l’originalité. Nous sommes face à une œuvre unique tout comme le palais du facteur Cheval. On lambine tout simplement pour admirer tous les détails de son œuvre.
Homme simple et de condition très modeste, sans instruction, solitaire, Raymond Isidore personnage hors du commun, à la fois, architecte, bâtisseur, peintre et mosaïste.
Un Portrait de Raymond et Adrienne,immortalisés par Robert Doisneau en 1953
Il est né à Chartres le 8 septembre 1900 au sein d'une famille plus que modeste, septième d'une fratrie de huit enfants. Il connaît peu son père parti travailler loin de son foyer et sa mère ne lui apporte pas la tendresse dont tout enfant a besoin. Il reçoit une formation scolaire rudimentaire et exerce plusieurs métiers (mouleur de fonderie, employé aux chemins de fer, accessoiriste au théâtre municipal….Il change souvent d’emploi, instable et révolté par toute injustice. En 1935, il est embauché comme cantonnier par la Ville de Chartres, il sera affecté comme balayeur au cimetière Saint-Chéron à partir de 1949 et y restera jusqu’à sa démission en 1958.
En 1924, il épouse Adrienne Rolland née Dousset, son ainée de onze ans, alors veuve et mère de trois enfants. Il devient propriétaire en 1929 d'un terrain rue du Repos sur lequel il va avec l'aide de ses deux beau-fils Michel et Bernard Rolland, construire une maison. Trois pièces seulement constituent cette demeure : une cuisine salle à manger, un petit salon exigu et une chambre.
Il commence son œuvre en 1938, par l'intérieur de la maison et, d'une certaine manière, par hasard, comme il le dit lui-même :
« J'ai d'abord construit ma maison pour nous abriter. La maison achevée, je me promenais dans les champs quand je vis par hasard, des petits bouts de verre, débris de porcelaine, vaisselle cassée. Je les ramassais sans intention précise, pour leurs couleurs et leur scintillement. J'ai trié le bon, jeté le mauvais. Je les ai amoncelés dans un coin de mon jardin. Alors l'idée me vint d'en faire une mosaïque, pour décorer ma maison. Au début je n'envisageais qu'une décoration partielle, se limitant aux murs. »
Chaque jour, il parcourt des kilomètres à la recherche de débris, il devient (Picassiette). Son personnage devient fameux, parfois raillé. Pour créer ses décors, il s’inspire de ses rêves. Il travaille à ses créations le jour et quand vient la nuit, à la lumière d’une lampe torche.
Son art naïf lui serait dicté par des voix célestes. Si la cathédrale de Chartres figure dans presque toutes les pièces,il y accole le Saint-Sépulcre et le mur de Jérusalem, mais aussi la tour de Pise
D’abord dédaigné par ceux qui le connaissaient, parfois littéralement pris pour un fou, Raymond Isidore en a souffert il a cependant de son vivant la satisfaction de voir son travail reconnu. Il fait d’abord visiter sa maison avec plaisir. Absorbé par son monde intérieur, il devient indifférent au succès naissant et aux visiteurs de plus en plus nombreux. Pourquoi a-t-il placé un buste de Pasteur dans le jardin? Sans doute parce que le savant a commencé ses recherches sur le charbon
En 1956, il entreprend de nouvelles constructions derrière sa maison : une chapelle, une maison d’été, il achète une parcelle de terrain limitrophe et décore son jardin. Son inspiration est d'abord religieuse.
En 1962 il construit le tombeau de l’esprit, son ultime réalisation.
Après 24 ans d’un travail de titan et de créativité, son œuvre est enfin achevée. En 1964, il connaît de nouveau l’hôpital psychiatrique. Le 6 septembre de la même année, trouvé hagard au bord d’une route, il succombe au matin, âgé de 64 ans.
La Ville de Chartres fait l'acquisition de la Maison Picassiette en 1981, et enrichit ainsi son patrimoine d’un chef d’œuvre d’art brut. La procédure d'acquisition aboutit au classement de la maison parmi les monuments historiques en novembre 1983. En 2017, le site reçoit le label architectural Patrimoine du XXe siècle du ministère de la Culture. Il parait que ce lieu de visite est devenu très mal entretenu ? Si c’est le cas, la ville de Chartres devrait se ressaisir en respect pour Raymond Isidore
Je pense trop.
‘’Je pense, la nuit, aux autres, qui sont malheureux. Çà m'empêche quelquefois d'être heureux. Je voudrais leur expliquer. L'esprit m'a dicté ce que je devais faire pour embellir la vie. Beaucoup de gens pourraient en faire autant, mais non : Ils n'osent pas. Moi, j'ai pris mes mains et elles m'ont rendu heureux. Je voudrais être un exemple. Nous sommes dans un siècle pas bien... Il faut revenir aux sources. Il faut, oui, mettre des fleurs sur les vivants...Quand on voit pleurer les gens dans un cimetière, on pleure aussi ! Je voudrais qu'en partant (d'ici) les gens aient envie de vivre aussi parmi les fleurs et dans la beauté. Je cherche une voie, pour que les hommes sortent de la misère...". Raymond Isidore
Mon ressenti :
Mais que serait devenu Raymond Isidore s’il n’avait pas pu utiliser ses mains et ses idées, il a beaucoup souffert et je pense qu’il a tout simplement construit sa colère.