Toutânkhamon?
Il y a cent ans, en novembre 1922, l'archéologue britannique Howard Carter fait part d'une extraordinaire découverte: la tombe de Toutânkhamon. Mais que sait-on de ce pharaon de la XVIIIe dynastie? Retour sur la vie et la mort d’un pharaon étonnant, aussi célèbre que Ramsès II ou Néfertiti.
Un tombeau parfaitement conservé
Lorsque Howard Carter entreprend ses fouilles en octobre 1922, aucune tombe royale égyptienne n'a échappé aux pillages. C'est dire si l'événement est considérable lorsqu'en novembre, le Britannique informe par télégramme son commanditaire Lord Carnavon de la découverte d'un tombeau sous un amas de gravats. Mis au jour dans la Vallée des Rois située sur la rive occidentale du Nil près de Thèbes (Louxor aujourd'hui), le sanctuaire est intact! Stupeur et émerveillement ! Mobilier funéraire, vases, récipients à offrandes, bijoux multicolores, coffres et lits en bois sculptés doré, armes, cercueils miniatures, effigies de serviteurs et de divinités, momie … Howard Carter découvre plus de 5398 objets, dans un état de conservation parfait- hormis les tissus en lin-. Et bien sûr la momie et le fameux masque d'or de Toutânkhamon présentés en 1967 au Louvre… Que d'émotion devant ces pièces aux lignes pures, aux matériaux rares. Ils viennent de tous les coins de l'empire qui s'étend du Nord-Est de l'Afrique aux confins asiatiques: or soudanais, cuivre chypriote, lapis-lazuli afghan, cèdre du Liban… Une beauté sans âge stupéfiante.
Le jeune pharaon mort à 17 ans est le fils d'Akhénaton. Toutankhamon a régné dix ans sur l'empire
des Deux Terres (la Basse-Egypte et la Haute-Egypte) de -1336 à -1326 avant J.-C. Il aurait dû tomber dans l'oubli comme ses successeurs s'y sont immédiatement employés après sa mort. C'est la découverte de son sanctuaire en 1922 qui lui a donné une notoriété mondiale. Hormis son illustre filiation, les égyptologues savent peu de choses: il aime chasser l'autruche, jouer au senet (sorte de Backgammon) et fabriquer de ses mains des cannes de marche à l'effigie de ses ennemis nubiens pour soulager un pied - peut-être bot. Vers 8 ou 9 ans, le jeune Toutânkhaton ("l'image vivante d'Aton") succède à son père. Un pharaon très sulfureux qui, en moins de deux décennies, bouleverse l'histoire des croyances égyptiennes. Or, la société égyptienne repose entièrement sur le rapport des hommes et de multiples divinités, le pharaon étant l'intermédiaire entre eux. Akhénaton impose une révolution: le culte d'un dieu unique et suprême, Aton, symbolisé par le disque solaire. Bien que toujours présents, les autres dieux égyptiens sont soudain mis sur la touche par les institutions officielles. Mais, à la mort d'Akhenaton, un retour à l'ordre s'opère: le fils d'Akhenaton reçoit la couronne de pharaon à Memphis et choisit de se mettre sous la protection d'Amon et non plus d'Aton. D'où son nouveau nom: il devient Toutânkhamon, "aimé d'Amon-Rê" comme le montre les imposantes statues d'Amon en diorite trouvées en Égypte.
Toutânkhamon accède au trône et épouse sa demi-sœur, Ânkhésenamon (fille de Néfertiti), une
tradition dans l'Égypte ancienne. Un couple dont les égyptologues ont découvert une très belle
représentation gravée sur un exceptionnel naos. On y voit la reine oindre d'onguent le pharaon, offrir
des lotus –symbole d'éternité. Cette petite chapelle à statue en bois doré est décorée de minutieuses
scènes représentant le couple royal dans l'intimité qui sont en fait des rituels d'adoration. Derrière ses
portes se trouvait un coffre à vases canopes en calcite contenant les sarcophages miniatures qui
conservent les viscères du pharaon.
La momie de Toutânkhamon est découverte avec des centaines d'amulettes
Dans l'Égypte ancienne, la mort n'est pas une fin mais le début d'une nouvelle vie Au décès, les éléments qui animent le corps, le ba (l'âme), le ka (l'énergie vitale) et l'akh (l'étincelle) sont désunis. Ils doivent être de nouveau réunis pour que la nouvelle vie dans l'éternité puisse commencer. Pour cela, après la momification du corps de Toutânkhamon, les viscères sont déposés dans de petits vases canopes. Le corps recousu est ensuite enveloppé de bandelettes dans lesquelles sont glissés des centaines d'objets protecteurs: amulettes en forme de scarabée, œil oudjat, collier avec faucon aux ailes déployées, pectoral en or avec un scarabée encadré de babouins sur une barque solaire. Juste avant de sceller le cercueil, le prêtre procède à la cérémonie de l'ouverture de la bouche, en touchant yeux, oreilles, narines, ceci afin de conserver l es fonctions vitales de pharaon dans le monde des morts. Un masque d'or recouvre ensuite son visage. Puis, la momie est déposée dans une succession de trois cercueils emboîtés anthropoïdes décorés de formules de protection. Un quatrième sarcophage en pierre contient l'ensemble. Un cortège emmène le pharaon dans sa dernière demeure. Le voyage vers la renaissance peut commencer: il faudra pour cela franchir les douze portes et traverser le monde nocturne et souterrain, accompagné et aidé par les dieux (Ptah, Sened, Horus).
Pour son voyage dans l'au-delà, Toutânkhamon ne part pas seul
Une multitude d'objets entreposés dans les trois pièces du sanctuaire (l'antichambre, l'annexe et la salle du trésor gardée par deux sentinelles à son effigie) l'accompagnent dans son périple. Il y a notamment son trône d'enfant-roi sculpté de bouquetins élancés, son lit d'apparat en bois doré et ébène aux pieds en forme de pattes de lion, une cinquantaine de boîtes. Des armes, des chars d'apparat le révèlent en maître des armes, prêt à se défendre contre les lions, les hippopotames ou les crocodiles. Mais les prêtres déposent aussi des boissons et de la nourriture dans des jarres pour assurer sa subsistance: céréales, vin, bœuf, mouton, canard, lentilles, blé, coriandre, épices.
Une reconstitution en 3D permet d'en savoir plus sur le physique et la mort du célèbre pharaon. Et la réalité est loin du mythe. Un mythe s'effondre. Derrière le masque en or magnifiquement ciselé découvert en 1922 ne se cache pas la momie d'un bel éphèbe. Grâce à des analyses ADN et à des centaines de scanners réalisés sur la momie, des scientifiques ont reconstitué le corps du pharaon en 3D. Ce dernier avait un physique plutôt disgracieux.